Je vous ai dit dans mon dernier post que nous avions loué une voiture pour nous rendre à Fenwick Island, sans plus de précisions. En vrai, la route en elle-même mérite bien un post.
D'abord, nous sommes parties à trois, mais j'étais plus ou moins la seule à avoir mon permis. J'ai dû conduire, donc. Je ne vous cacherai pas que je stressais comme une folle. Parce que j'avais des souvenirs de
Duel qui me revenaient en mémoire, parce que je ne comprenais pas bien le trafic autour de moi dans Washington, parce que j'avais une connaissance plus qu'approximative du code de la route américain, parce que j'avais peur de ne pas y arriver, en somme.

En vrai, les Américains ne savent pas conduire. Ou plus exactement, leur code de la route est quasiment inexistant (il doit faire une dizaine de pages, à comparer avec ce que vous avez dû apprendre en France...) Ici, les clignotants sont plus qu'optionnels, et les queues de poisson sont monnaie courante. Les américains n'ont jamais entendu parler de la notion d'angle mort, et peuvent donc déboîter devant vous à tout moment. Sur l'autoroute, la notion de "se rabattre sur la file de droite lorsqu'on a fini de doubler" n'existe pas ici. Pas plus que la notion de "ceux qui se traînent roulent sur la file de droite, quand ceux qui sont clairement en excès de vitesse roulent sur la file de gauche". Ah oui, et très important, on a le droit de doubler par la droite.

Le trajet pour aller et revenir de Fenwick Island n'a pas été ultra facile : il a fallu quitter Washington. Suite à une erreur d'indication du GPS (et non pas une erreur de mon excellente copilote), j'ai dû conduire dans Washington, alors qu'il était prévu à la base, que l'on reste sur l'imbroglio d'autoroutes qui contournent la ville. (Mais je n'ai pas non plus échappé à l'imbroglio d'autoroutes autour de Washington, ça serait trop simple...) Le retour a été particulièrement éprouvant : on s'est retrouvées coincées dans les bouchons (oui, parce qu'aller à la plage un weekend de Memorial Day, c'est un peu comme faire un Paris/Deauville ou un Paris/La Baule un weekend de l'Ascension...)

Et donc, j'ai appris à conduire ici : j'ai appris à conduire une "petite" voiture selon les standards américains, j'ai appris à doubler par la droite sans avoir (trop) peur, j'ai appris à me mettre sur la voie du milieu sur l'autoroute** et à doubler les gens devant moi par le côté où il y a le moins de monde, j'ai appris à faire preuve de patience dans les bouchons, j'ai appris à m'insérer dans un trafic dense alors que je suis quasiment à l'arrêt et que les voitures sur la file où je veux m'insérer roulent à 50 mph (~ 90 kmh), j'ai appris à traverser les quatre voies de l'autoroute en quelques centaines de mètres pour passer de la file de droite par laquelle je suis entrée, à la file de gauche par laquelle je veux sortir (toujours ces histoires d'imbroglio d'autoroutes...) Bref, si on m'avait prévenue que ça allait être aussi difficile, je n'aurais probablement jamais osé me lancer, mais finalement, je m'en suis plutôt bien sortie. Je me suis rendue compte que jusqu'à présent, j'avais toujours voyagé avec des conducteurs plus forts que moi, et que je n'avais jamais fait les passages difficiles du voyage. Maintenant, je sais que je peux faire ça !
Enfin, prendre la route a ici un sens tout particulier, et mine de rien, ça fait vraiment partie de l'expérience américaine. Je dois avouer que j'ai adoré. Les routes sont belles, on se croirait dans un film (bon, d'accord, c'est pas un hasard), les voitures sont faciles à conduire (on les mets en position drive, on lâche le frein et hop, ça avance tout seul...), et Lucie avait mis de la bonne musique sur l'autoradio. C'est sur la route que j'ai pris conscience que vraiment, j'étais aux Etats-Unis, plus précisément quand le pont qui illustre ce post (le Chesapeake Bay Bridge, je vous dirais bien qui est l'auteur de la photo, mais je n'en ai aucune idée...) s'est dressé devant moi. Y'a pas à dire, ces Américains, ils savent construire des ponts. On est des petits joueurs, avec notre viaduc de Millau... C'était un peu fou, de rouler au-dessus de l'eau sur des kilomètres...
J'ai tellement aimé conduire ici que j'ai super envie de partir au printemps prochain, faire la route entre San Francisco et Los Angeles - parce que la route est très belle, et aussi, surtout pour découvrir la Californie (parce qu'en vrai, cette route n'est pas si longue que ça). Si le coeur vous en dit, que vous avez des vacances, n'hésitez surtout pas à vous joindre à moi, je cherche un deuxième conducteur !
Une fois n'est pas coutume, je n'ai pas pu prendre de photos pour illustrer ce post, puisque j'étais au volant pendant tout le trajet. Je vous laisse propose donc quelques images de Duel, de Voyage à Deux, et d'une évocation du Magicien d'Oz ("Follow the yellow brick road"), histoire de rester dans le thème de la route !
*Le titre de ce post n'est absolument pas une référence à un chanteur pour midinettes et amateur de poésie rimbaldienne dont j'ai pu être fan durant mon adolescence (ou un peu plus tard, il est vrai, personne n'est parfait), mais plutôt au roman mythique de Jack Kerouac que je suis en train de lire. Vous noterez le timing tout à fait approprié pour une telle découverte.
**Spéciale dédicace à Charles !